Plan de déplacement en isère

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Le PDE, un premier pas pour se déplacer mieux

Article de P/DurAlpes, le 16 juin, 2008


Vélo, bus, tramway, train et covoiturage, les transports en commun ne s’inscrivent pas encore dans nos réflexes quotidiens et ce malgré un coût à la pompe particulièrement élevé. Il faudrait pour cela construire dès à présent de réels dispositifs attractifs et acceptables. Toutefois des mesures incitatives se mettent en place et les avantages évidents des solutions alternatives au déplacement seul en voiture commencent à séduire. L’exemple de la ville de Grenoble est à ce titre significatif. L’augmentation récurrente du trafic routier affecte de plus en plus le dynamisme et la rentabilité des entreprises. L’engorgement des voies d’accès limitées par les massifs montagneux, les difficultés de stationnement, les contraintes de livraisons, les contraintes d’accès pour les clients, les fournisseurs et les salariés engendrent des pertes de productivité.
Il a donc fallu sensibiliser les entreprises et leurs salariés qui se déplacent seuls en voiture afin qu’ils adoptent des modes de déplacements alternatifs à l’automobile.
C'est ainsi que depuis 2004, en application du Plan de déplacements urbains (PDU) et dans le cadre du Plan de Déplacements Entreprise Pro, la Chambre de commerce et d’industrie de Grenoble, en partenariat avec le Conseil général de l’Isère, le Syndicat mixte des transports en commun (SMTC) et La Métro, sensibilise et accompagne les entreprises dans la mise en place de leur PDE.

Les PDE sont apparus en France à la fin des années 90, mais leur essor ne date que de 4 à 5 ans. En 2005, l’Ademe recensait en France 158 PDE (23 en Rhône-Alpes). L’objectif fixé dans le plan climat établi par le ministère de l’Environnement et du Développement durable, visait la mise en place de 500 PDE pour la fin de l’année 2006.
Peu nombreuses avant 2004, les démarches PDE de l’agglomération grenobloise connaissent désormais une progression considérable grâce aux efforts combinés des principaux acteurs du déplacement. Ainsi 120 structures suivies y compris les administrations sont entrées dans cette démarche.

Les PDE  sont des outils de management gagnant-gagnant pour l’entreprise, les salariés et les collectivités. Au niveau de l’entreprise, il est considéré comme un outil de productivité. Il favorise en effet l’amélioration du temps de transport et procure des économies financières : réduction des charges liées aux déplacements, aux places de parking et aux accidents de trajet. Il s’agit pour l’entreprise d’une démarche volontaire ayant pour objectif de gagner en compétitivité. Pour les salariés, le PDE permet une baisse des coûts de trajets domicile-travail, une réduction du stress et par conséquent des accidents de travail, une valorisation du temps de transport, transformé en temps de repos, de lecture ou de partage avec les collègues. Enfin le PDE permet de fédérer les salariés autour d’un projet social. A l’échelle des collectivités publiques et des autorités organisatrices de transport, la politique menée apporte une meilleure adéquation entre l’offre de services et la demande notamment grâce à la coopération entre collectivités et employeurs et renforce l’attractivité économique du territoire en fluidifiant le trafic routier et l’amélioration de la qualité de l’air.

Une analyse des motivations et une évaluation intermédiaire ont été mises en œuvre pour tirer les enseignements, capitaliser l’expérience afin de l’adapter pour l’élargir. Un questionnaire a été envoyé à 102 entreprises ayant mis en place une démarche PDE avec la CCI de Grenoble et la Semitag. Les résultats exploités ont permis de dégager de grandes tendances et de mieux comprendre l’implication des entreprises.
Les secteurs des services et de l’industrie davantage mobilisés.
92 % des entreprises concernées sont implantées dans l’agglomération. Les entreprises du secteur des services sont présentes à 47 %, suivies par celles de l’industrie avec 25 % et du commerce, 10 %. (La répartition des secteurs d’activité dans la région grenobloise se décompose ainsi : services, 44 % - industrie + BTP, 19 % - commerce, 38 %). Les entreprises qui sont entrées dans une démarche PDE appartenant aux secteurs des services et de l’industrie sont assez proches en termes de représentativité de la répartition des secteurs d’activité de la région grenobloise.
En revanche, le secteur du commerce est très peu représenté. Ce secteur est principalement constitué par des entreprises de moins de 10 salariés, cible qui, dans un premier temps, a été peu touchée par cette action. Il est plus difficile pour de petites structures de consacrer du temps et des moyens pour des actions liées aux déplacements et de mettre en œuvre des démarches collectives avec des effectifs réduits.

Les PME majoritairement représentées.

Les PDE ont touché les entreprises qui regroupent une masse importante de salariés, ayant des incidences plus sensibles sur l’affluence en heure de pointe, ainsi que les problématiques d’accès et de parking. Cependant les entreprises n’entendent pas élargir leur PDE à leurs clients et fournisseurs.
33 592 salariés ont directement été concernés par les PDE, soit 22 % des salariés de l’agglomération grenobloise.
Les PME (11 à 250 salariés) avec 46 % ainsi que les grandes entreprises (251 à 1000 salariés) avec 40 % représentent la très grande majorité des entreprises engagées dans une démarche PDE (opérationnel ou en cours de réalisation).


L’environnement, le principal levier interne.


Les raisons de l’engagement de l’entreprise dans un PDE sont multiples, mais le souci de la qualité de l’environnement reste le motif majeur pour enclencher une démarche PDE.
Ainsi pour 51 % des entreprises, la mise en place d’un PDE est motivée par un engagement environnemental et une démarche citoyenne.
Ce résultat “atypique” tranche avec celui issu de l’enquête nationale de l’Ademe de 2004 : pour seulement 8 % des organismes (analyse de 158 PDE) l’environnement est le motif majeur pour la mise en œuvre d’un PDE.
La prise de conscience du rôle central que peuvent jouer les entreprises sur cette thématique, la forte médiatisation des impacts des transports sur l’environnement, la compétence en matière de haute technologie et la population de cadres plus sensibilisée à cette problématique expliquent ce positionnement des entreprises grenobloises par rapport à la dimension environnementale.
Par ailleurs, la géographie de l’agglomération grenobloise (cuvette, forme d’Y), les phénomènes climatiques particuliers qui favorisent la pollution atmosphérique, mais aussi un cadre naturel exceptionnel et une ville proche de la nature rendent probablement la population plus sensible aux problèmes atmosphériques et à leurs conséquences environnementales et sanitaires.
Pour un tiers des entreprises, la dimension sociale détermine l’engagement de l’entreprise, puis vient ensuite dans la motivation la dimension économique (réduction des coûts des accidents de travail, des parkings, suppression des navettes privées…).


Les PDE intéressent et mobilisent les salariés.

Les entreprises consultent leurs salariés avant la mise en place d’actions : près des 2/3 des salariés ont répondu à l’enquête concernant leur mode de déplacement. Cet excellent résultat est confirmé par l’intérêt porté par les salariés (75 % intéressés / très intéressés) et leur implication dans le projet PDE (57 % impliqués). Les salariés sont à l’origine de 37 % des démarches PDE. Le taux de retour des enquêtes relatives au profil mobilité des salariés réalisées par les entreprises est excellent pour les PME (72 % en moyenne et jusqu’à 100 % pour les entreprises de moins de 20 salariés). Il est également satisfaisant pour les très grandes entreprises avec un taux de retour de 61 %.

Les PDE proposent des solutions multiples et innovantes.


Les actions le plus souvent mises en œuvre sont finalement nombreuses :
- la signature d’une charte de partenariat avec la Semitag (82 %),
- les actions vélo (79 %) : elles comprennent des installations d’arceaux et d’abris à vélo (64 %), des distributions de kit vélo, pack sécurité, cartes des pistes cyclables (38 %), la création de douches et de vestiaires (43 %),
- la prise en charge partielle ou totale des abonnements de transports en commun TAG, Transisère, TER, Train + Tag (74 %),
- la création d’un point d’information et la mise à disposition de fiches d’accès multimodal (69 %),
- les actions de covoiturage (46 %).
– une innovation, l’autopartage : 13 % des entreprises proposent une action autopartage. Plutôt que de disposer d’une voiture personnelle qui reste l’essentiel de son temps au parking, l’autopartage permet à plusieurs adhérents d’utiliser une voiture selon les besoins à des moments différents.
Une voiture autopartagée remplace 10 voitures particulières. Pour l’entreprise, il s’agit de remplacer ses véhicules de services ou de fonction par une location autopartage moins coûteuse en frais de fonctionnement et en place de parking. Cela permet également d’optimiser les frais de remboursement kilométrique en cas d’utilisation de son véhicule personnel à des fins professionnelles.


Les entreprises sollicitent peu les aides financières.


90 % des entreprises n’ont pas demandé d’aide financière à l’Ademe, parmi elles 57 % ne les connaissaient pas. Celles qui ont déclaré connaître le dispositif d’aide de l’Ademe ne l’ont pourtant pas sollicité. Cette situation peut probablement s’expliquer par des conditions contraignantes pour les entreprises. Par ailleurs les entreprises préfèrent réaliser ce projet en interne avec éventuellement l’appui-conseil personnalisé proposé par la CCI et la Semitag.
93 % des entreprises n’ont pas demandé la réduction de la majoration forfaitaire auprès de la Cram.

Premier bilan, des PDE efficaces.

La diminution de l’utilisation de la voiture personnelle au profit d’autres modes de déplacement est l’objectif majeur des PDE et ce quelles que soient les motivations de sa mise en œuvre (économique, sociale, environnementale…). Il devient donc important de connaître le report des déplacements en voiture (autosolisme) vers d’autres modes de transport (transport en commun, modes doux : vélo, marche à pied, covoiturage…).
Près de la moitié des entreprises qui ont mis en place un PDE a pu mesurer ce report modal. Pour les autres, le manque de recul lié à la jeunesse du PDE ou le manque de temps explique l’absence d’évaluation. Les responsables PDE n’ont, pour la plupart d’entre eux, que peu de temps imparti à la gestion du PDE (entre 0 et 5 %).
Déplacements en voiture personnelle : baisse significative au profit du vélo.
Pour les entreprises qui l’ont mesurée, l’utilisation de la voiture en autosolisme a diminué de 15 points. Le vélo est le mode de déplacement qui bénéficie du report le plus important. Il s’agit en effet de l’action la moins onéreuse pour l’entreprise et pour la collectivité locale. En conséquence, l’investissement et la communication sur ce mode de transport devraient être mieux pris en compte. D’autant que l’agglomération grenobloise dispose d’importantes infrastructures dédiées au vélo par rapport à d’autres agglomérations de taille identique : plus de 280 kms de voieries aménagées pour les cycles. Grenoble est aussi la ville la plus plate de France !
Ce fort report modal sur un échantillon inférieur à 100 entreprises laisse imaginer l’impact qu’aurait une quantité 5 ou 10 fois plus importante de PDE sur la diminution de l’utilisation de la voiture dans le cadre de trajet domicile-travail dans l’agglomération grenobloise.

Analyse du report modal.

Le report modal varie sensiblement selon la taille de l’entreprise.
L’utilisation de la voiture particulière a diminué de 8 points au sein des PME où les salariés se sont majoritairement retournés vers le vélo (+ 8 points).
Pour les grandes et très grandes entreprises, l’utilisation de la voiture particulière a diminué respectivement de 17 points et 26 points. Les salariés, contrairement à ceux des PME, ont largement plébiscité les transports en commun tous confondus, avec un report sur ces derniers de 11 points pour les grandes entreprises et de 19 points pour les très grandes entreprises.
Si la localisation de l’entreprise peut également avoir une incidence sur le résultat, celle-ci n’est pas un facteur suffisant pour expliquer cette différence. En effet, PME et grandes entreprises sont majoritairement situées à Grenoble, à proximité de la gare et des transports urbains.

En revanche, ce que confirme cette enquête, c’est le rôle central tenu par la direction et les salariés. Le PDE doit véritablement être porté par la direction générale qui est amenée à prendre des décisions et à accorder des moyens tant humains que financiers.
Mais l’adhésion des salariés au projet PDE est essentielle. Dans les entreprises où les salariés ont été intéressés, voire très intéressés par le projet et/ou impliqués dans la démarche PDE, avec un taux de retour à l’enquête salariés supérieur à 50 %, on constate un excellent report modal.

Déplacements professionnels et parking ?

Pour 46 % des entreprises, les PDE ont eu une incidence positive sur les déplacements professionnels. Les transports en commun sont le premier mode de déplacement utilisé (33 %), viennent ensuite les vélos de service (21 %) et la marche à pied (15 %).
Pour 17 % des entreprises, la mise en place des PDE a eu un impact sur la réduction des places de parking. Cette diminution permet aux entreprises de réaliser de substantielles économies. En effet, une place de parking en ouvrage, en location coûte à Grenoble en moyenne 600 € par an. S’agissant de l’investissement en surface, les coûts varient de 2 500 à 3 000 €, auquel s’ajoute la taxe foncière. Ainsi, le coût peut être un facteur déterminant pour diminuer les places de parking qui, au regard de leur emprise foncière importante, peuvent être un obstacle à l’agrandissement des locaux, donc au développement économique des entreprises.

Les impacts.

Il est assez difficile d’estimer l’impact éventuel du PDE en termes financiers car 65 % d’entre elles n’ont pas établi de plan de financement.
L’argument environnemental serait-il plus fort que l’argument financier ?
Les entreprises, dans leur ensemble, ne peuvent pas mesurer non plus les incidences éventuelles sur les accidents de trajet.
Seulement 15 % des entreprises ont comme indicateur “le nombre d’accidents de trajet domicile-travail et professionnels”. Une information pourtant non négligeable, lorsque l’on sait que plus de 57 % des accidents de travail sont des accidents mortels dus à la circulation et que la durée moyenne d’un arrêt de travail pour un accident lié à un déplacement est supérieure à deux mois.

 

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